États Généraux de l’ESS – (http://www.apeas.fr/Entretien-avec-Claude-Alphandery.html)

Posté par lespritailleur le 4 février 2011

Entretien avec Claude Alphandéry

A l’occasion de la préparation des États Généraux de l’ESS en Paca. Consultez également nos deux nouvelles rubriques consacrées à cette initiative et à l’action collective.

 


 

Portrait de Claude Alphandéry réalisé par Pascal Hennequin Portrait de Claude Alphandéry réalisé par Pascal Hennequin

Claude Alphandéry est Président du Labo de l’ESS dont les travaux ont abouti à la construction des États Généraux de l’économie sociale et solidaire (EGESS)

Pourquoi organiser des États Généraux de l’Économie Sociale et Solidaire ?

L’hyper-productivité et compétitivité de la fin des années 70 a abouti à un véritable déséquilibre structurel et a engendré un chômage de masse et un retour des inégalités. Les progrès libérateurs de mai 68 se sont transformés en un refus de la vie collective et de l’intérêt général. Une sorte d’utilitarisme s’est répandu. Le libéralisme extrême inaugurée par Thatcher qui prétendait aller encore plus loin dans l’essor du capitalisme a fini par envahir l’Europe. Il s’est traduit par une démesure extrême dans la recherche du profit et la compétitivité et s’est développé dans la négation des problèmes de cohésion sociale. Ce grand déséquilibre de l’économie ne pouvait que produire des crises à répétition dont nous connaissons la dernière depuis 2008 et dont nous ne sommes toujours pas sortis.

Face à cette situation, a émergé toute une série de contre points, d’initiatives, de contre pouvoirs. Ces initiatives se sont multipliées depuis 20 ans dans le prolongement et en renouvellement de l’économie sociale. Toute une série d’initiatives se sont construites à la fois pour combattre le chômage, via l’insertion par l’activité économique, pour mettre en place des services à la personne qui ne soient pas réservés aux personnes les plus riches (dans la mesure où l’État tend plus ou moins à se désengager et à passer la main aux services marchands), ou bien encore pour protéger l’environnement. On pourrait rajouter aussi les initiatives pour une consommation qui soit à la fois mieux maîtrisée du point de vue de la consommation mais aussi du point du vue écologique et des circuits de distribution. Et il y en beaucoup d’autres : dans le domaine culturel, de l’éducation populaire ou dans le domaine du tourisme responsable.

Toutes ces initiatives sont très diverses mais ont en commun d’être des projets certes économiques mais à finalité sociale et non à finalité lucrative, dont le fonctionnement est fondé à la fois sur une éthique et des pratiques démocratiques. Ce sont généralement des initiatives beaucoup plus localisées sur les territoires et beaucoup plus mobilisantes pour les citoyens qui se sentent partie prenante et qui ne subissent pas passivement) le marketing de la télévision qui nous pousse à consommer plus et à aller dans les grandes surfaces.

Donc toutes ces initiatives existent mais premièrement, elles sont très fragmentées et ponctuelles, et deuxièmement ,elles sont généralement marginales et très insuffisantes par rapport au besoin. Prenons par exemple la consommation bio par rapport à la consommation « générale » . Par ailleurs, l’opinion, parce qu’elles sont marginales et parce qu’elles sont fragmentées, a plutôt le sentiment que ce sont des initiatives réparatrices que des initiatives transformatrices.

Nous, nous sommes convaincus qu’il n’y a pas d’autres moyens de se sortir de cette situation de déséquilibre et de crises répétitives et de plus en plus lourdes ; de sortir de cette domination du capital financier que de développer au maximum, de donner toute leur place à des initiatives de ce genre. On ne sortira pas de la crise et des déséquilibres seulement par des mesures de régulation du capitalisme et de cantonnement des paradis fiscaux. On s’aperçoit bien que les tentatives faites depuis 2008 sont impuissantes devant les orientations générales du capitalisme et le pouvoir du capitalisme financier. Ceci est en train d’être compris, pas seulement par les classes populaires qui souffrent le plus, mais aussi par les petites et moyennes entreprises qui ne peuvent plus avoir accès au crédit et qui sont vulnérables devant un capitalisme financier qui entend prendre tout ce qu’il y a de profitable et laisse le non profit aux autres.

Claude Alphandéry Claude Alphandéry

Il y a une opportunité historique très forte à « faire sortir du bois » l’Économie Sociale et Solidaire, à montrer qu’elle existe, qu’elle peut changer d’échelle et qu’en changeant d’échelle et en lui donnant sa place dans l’économie d’ensemble, on change les formes de développement. On ne peut pas changer ces dernières seulement en instaurant des lois par le haut et en instituant une meilleure fiscalité ou de meilleurs services publics.

Mais pour que cette démarche ait des chances de succès, et qu’elle ne soit pas récupérée ou ré-appropriée par le capitalisme financier, il faut que les initiatives de l’ESS trouvent leur plein essor, changent véritablement d’échelle et trouvent leur place dans la société non seulement en se renforçant, mais par leur exemplarité, en forçant d’autres entreprises (notamment petites et moyennes), les collectivités locales, les établissement publics, à avoir plus de démocratie, plus de transparence, de meilleurs rapports avec les parties prenantes, un soucis de la cohésion sociale.

Le contexte de la crise actuelle, nous donne une chance de transformation véritable. Mais cette transformation ne peut pas être l’ouvrage d’un seul, il faut regrouper un certain nombre de gens qui ont des initiatives très diverses, leur montrer qu’elles sont inter-connectées, qu’il y a un lien entre elles et qu’on peut faire un certain nombre de propositions pour valoriser ce qui existe et le mettre en lumière aux yeux de l’opinion et des médias. Il faut donner les moyens à ces initiatives de se développer et jouer un rôle exemplaire dans le développement de l’économie qui passera par des phénomènes de croissance de certains secteurs et de décroissance d’autres secteurs.

Tout ceci a fait l’objet d’un long travail qui a duré plus d’un an et qui a abouti à ce qu’on appelle les « 50 propositions pour un changement de cap » qui sont en fait 64 propositions. C’est un travail d’identification de ce qu’on peut appeler l’ESS et d’analyse de ce que sont ses défis à la fois internes et externes. Défis internes parce que c’est une tension d’être dans une économie de la solidarité, il y a des risques de dérive constants et parce que c’est difficile de faire ce que l’on dit, d’être plus coopératifs que concurrents par exemple. Défis externes, car nous ne sommes pas sur le marché comme les autres, nous n’avons pas de capitaux, des marges de profit suffisantes et que nous manquons de ressources financières. Défis externes aussi parce que les gens sont imprégnés par le marketing, la télé, internet, autrement dit un environnement idéologique qui fait que les comportements sont difficiles à changer. Enfin, il y a un travail aussi de proposition vis a vis de l’État, des collectivités territoriales, des entreprises, des comportements individuels en matière notamment de consommation.

Après cette année là, nous nous sommes demandés comment aller plus loin à l’approche des élections présidentielles, comment faire rentrer tout ça dans le débat public ? Il nous a semblé qu’il fallait des États Généraux. On a un souvenir historique des États Généraux qui ont préparé la révolution française. Très franchement, les braves députés du Tiers-États qui ont arraché les États Généraux, ne pensaient pas à la République, ils pensaient à leurs doléances. Mais finalement ce sont souvent des événements qui apparaissent minuscules au départ qui créent des changement extraordinairement importants.

Les États Généraux, c’est un mouvement sur tout le territoire, long à préparer mais avec tout de même un point d’orgue qui n’est pas l’achèvement mais un événement majeur du projet qui aura lieu au Palais Brongniart en juin prochain, début de la campagne. Il faut que ce soit un événement choc suffisamment important pour impacter le débat d’idées mais aussi festif. Il faut aller au-delà de ce qui c’est fait jusqu’à présent afin de sortir de l’entre-soi, entre gens convaincus. Pour préparer ce grand événement, il fallait au fond faire comme ce qu’avaient fait nos ancêtres, pas des cahiers de doléances, mais des cahiers d’espérances pour une autre économie. L’objectif est de transformer des initiatives extraordinairement intéressantes en cahiers d’espérances susceptibles d’êtres diffusés, répliqués à droite et à gauche, d’être des éléments de point de départ pour une autre forme de développement suffisamment frappants et incontournables dans le débat politique. Pas seulement des revendications légitimes autour des retraites, des salaires mais qu’on montre qu’on ne peut pas changer de cap politique sans s’appuyer sur des initiatives qui sont « en-bas », que c’est ça le garant d’une politique différente. Nous avons besoin de le dire notamment à la gauche quelle qu’elle soit, qui a du mal à sortir de mesures qui tendent à défaire les dégâts d’une mauvaise politique poursuivie depuis 20 ans sans se rendre compte qu’il ne s’agit pas seulement de remplacer une fiscalité par une autre, de changer la proportion entre les salaires et les revenus du capital. Tout ceci est nécessaire mais le changement de cap ne se fera pas uniquement par des lois, ça se fera par la mise en oeuvre et l’amplification de toutes ces initiatives qui ont un autre sens que la recherche du profit.

L’ESS pour changer de paradigme ?

Ca permet de changer de modèle parce que ça change de modèle micro-économique. Le modèle macro-économique implique un transfert massif de productions futiles, inutiles voire nuisibles vers des services relationnels indispensables au mieux vivre. Ce transfert n’est pas évident. Il faut donc d’abord montrer que ça marche et que ça peut marcher à une échelle plus grande car pour l’instant ça fonctionne à petite échelle avec de « bons militants ». Tout le monde sait que dans une population, il y a 10 % de militants, de gens qui acceptent de s’engager et puis les autres qui vivent en fonction de ce qu’on leur présente. Ils ne sont pas forcement contre mais il faut qu’ils aient le sentiment que ça va changer en mieux leur vie. Le sentiment qu’ils ont en ce moment, c’est que leur vie change en mal. Il y a sans doute quelque chose à faire mais on n’a pas encore réussi à leur montrer qu’il y a un autre paradigme qui les ferait sortir de cette frustration et malaise permanent dans lequel ils sont.

Qu’est ce qui vous motive le plus dans l’organisation de ces États Généraux ?

C’est de rencontrer des dizaines de milliers d’acteurs qui font des choses, rencontrer des gens qui sont plein de courage, d’énergie et d’idées créatives. Puis, c’est d’arriver à faire jouer tous ces gens ensemble, ce qui a été l’objet du premier temps de travail autour des 50 propositions pour une autre économie.

Maintenant, l’enjeu est d’une ambition formidable. Non seulement ils jouent ensemble mais ça va frapper l’opinion. Chaque fois qu’on arrive à faire sortir dans les médias, jusque là très réservés, sceptiques, et indifférents, des pages entières sur l’ESS, on se dit qu’on est en train de gagner un peu de terrain.

Pour moi, qui ai une longue vie derrière moi et qui ai connu la résistance, la lutte contre la guerre d’Algérie,…, c’est moins spectaculaire mais c’est aussi moins facile d’une certaine façon, c’était plus facile les maquis ! Pas au début, bien sûr, où on n’était que quelques uns et où la puissance allemande était telle que les gens se demandaient ce qu’on pouvait faire, mais petit à petit les gens se sont dit que non seulement nous pouvions chasser les envahisseurs mais également créer un monde nouveau. On avait l’impression qu’on allait en sortir avec une vraie démocratie et pas avec la république bourgeoise de l’entre deux guerres. En un sens c’était plus facile que maintenant car l’ennemi était plus visible, alors que l’ennemi de maintenant est assez invisible. Certes on voit bien les terribles inégalités, les gens qui se renferment dans des parc à vidéosurveillance, les yachts, etc, mais finalement je ne suis pas certain que la plupart des gens soit choqué de ça. Ils ne sentent pas encore vraiment que cette façon de vivre est liée à leur propre situation.

Ce qui motive des gens comme moi c’est qu’on a le sentiment que c’est possible, qu’il y a des éléments dont on peut se saisir pour progresser. Edgar Morin dit que le pire est probable mais que le meilleur reste toujours possible. C’est vrai qu’aujourd’hui on a plutôt le sentiment que le pire est le plus probable quand on voit les choses se faire. Tant qu’on vit, on essaye de se saisir du possible. A un moment donné, on s’est demandé s’il ne valait pas mieux mettre les « cahiers du possible » plutôt que les « cahiers d’espérance » mais les cahiers du possible c’est un peu restrictif car ce que nous voulons c’est dépasser le possible, aller presque à l’impossible, à ce qui parait impossible mais qui ne l’est pas. Ces initiatives, c’est d’autres formes de maquis. La résistance c’est bien mais si on n’a pas une vision plus large de la société, elle est un cul de sac. Ce n’est pas suffisant de résister, il faut créer.

S’il ne fallait retenir que trois propositions parmi les 64 ?

Je serais tenté de dire qu’il y a quelque chose autour de l’innovation sociale par rapport à l’innovation technologique. Aujourd’hui tout tourne autour de la productivité matérielle et de l’innovation technologique : la politique des États, des entreprises, la géopolitique. Mais le monde a besoin d’innovations sociales parce qu’on ne sait pas encore très bien vivre dans les villes, comment concilier la recherche du bonheur individuel et l’intérêt collectif. Comment le traduire en terme politique ? C’est ça qui est difficile.

Il y a aussi quelque chose autour de la qualité du travail, qu’est-ce que le travail dans la société d’aujourd’hui ? Certes le plein emploi, mais quel plein emploi ? Quel rapport entre travail salarié et activités personnelles ? Ce deuxième chantier est essentiel.

Un troisième thème serait le rapport entre la mondialisation et le local, le territoire. Le problème c’est qu’on est dans un monde qui ne peut plus se refermer et qu’on vit sur un territoire. Comment relier cette économie territoriale et cette économie mondialisée ? Qu’est ce qui reste du rôle de l’État nation ? Est-ce qu’il n’est pas là pour pouvoir organiser les flux convenables entre le territoire et le monde ?

Ce sont plus des grands axes de travail que des propositions. En tout état de cause, il faut revenir sur toute une série de régressions. Il y a de toute évidence des problèmes de fiscalité. On ne fera rien de bon si on ne se débarrasse pas des niches fiscales. La première chose à faire serait de récupérer l’argent qui a été donné aux plus riches mais de savoir bien s’en servir pour l’innovation sociale, pour la qualité du travail et le bien être des territoires. Je trouve que c’est ça qui risque de passer le mieux dans le débat public.

Rôle des monnaies complémentaires dans ce changement de cap ?

Elles jouent un rôle considérable. Pour développer des échanges, il faut de la monnaie. Les banques sont créatrices de monnaies pour des échanges productifs qui rentrent dans le système que nous connaissons. Quand on veut développer des échanges de services, de la réciprocité ou même si ce n’est pas de la réciprocité et qu’on veut faire des échanges commerciaux sur des biens plus utiles (par exemple l’agriculture biologique, le commerce équitable, l’éco-construction), on a du mal à faire réagir les banques. On peut parfaitement sur un territoire créer des monnaies qui peuvent avoir deux bases, deux supports : l’un c’est le temps, l’autre c’est l’euro.

Telle municipalité ou telle région peut considérer qu’elle met 1 million d’euros dans son budget sous forme de monnaie complémentaire. C’est possible dans la mesure où elle circule ; cette monnaie ne peut pas être thésaurisée car elle est fondante donc elle circule plus vite et en circulant, elle crée des biens et des services et n’engendre pas d’inflation car elle est en contre partie d’euros prélevés sur le budget de la commune. On peut parfaitement imaginer qu’avec 100 000 euros dans un arrondissement de Paris, se développe toute une série d’échanges de services y compris de services sociaux assurés par la mairie : la médiathèque, le vélib, la piscine, la cantine, les crèches,… il y a une quantité de choses qui peuvent être payées en monnaies complémentaires avec les moyens informatiques d’aujourd’hui. On peut faire des tarifs différents suivants l’âge, le revenu, le nombre d’enfants. Pour que ça marche, il faut qu’il y ait une action militante très forte. Il y a un seuil du nombre de militants à franchir. Il y a des pays d’Amérique latine, en Bavière, en Belgique où les choses sont parties plus vite mais en France, les initiatives se multiplient, on n’est pas loin, c’est imminent.

Comment expliquez-vous l’émergence de la société civile depuis ces 30 dernières années ?

Elle a eu du mal à émerger ! D’’une certaine manière, elle a émergé en 68 mais sur des problèmes uniquement sociétaux et pas économiques : la peine de mort, l’avortement, le droit des femmes, des enfants, une autre forme d’éducation, des lycées ouverts mais en matière économique, l’autogestion a été très faible, les exemples ont plutôt mal tournés, je pense notamment à LIP. On ne peut pas dire qu’il y ait eu des transformations profondes. C’est seulement dans les années 80, après le choc pétrolier, que s’est développé un très fort mouvement associatif. Après les « Trente glorieuses » ont succédées les « Trente douloureuses ». C’est pendant cette période que la société civile a émergé. A ce moment là, les citoyens ont pris conscience de leur pouvoir sur l’économie et se sont dit « l’économie c’est nous ».

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« Lettre aux Français », écrite par Maurice Allais (source: tree2share.org)

Posté par lespritailleur le 24 janvier 2011

 » Le point de vue que j’exprime est celui d’un théoricien à la fois libéral et socialiste. Les deux notions sont indissociables dans mon esprit, car leur opposition m’apparaît fausse, artificielle. L’idéal socialiste consiste à s’intéresser à l’équité de la redistribution des richesses, tandis que les libéraux véritables se préoccupent de l’efficacité de la production de cette même richesse. Ils constituent à mes yeux deux aspects complémentaires d’une même doctrine. Et c’est précisément à ce titre de libéral que je m’autorise à critiquer les positions répétées des grandes instances internationales en faveur d’un libre-échangisme appliqué aveuglément.

 

Le fondement de la crise : l’organisation du commerce mondial

La récente réunion du G20 a de nouveau proclamé sa dénonciation du « protectionnisme » , dénonciation absurde à chaque fois qu’elle se voit exprimée sans nuance, comme cela vient d’être le cas. Nous sommes confrontés à ce que j’ai par le passé nommé “des tabous indiscutés dont les effets pervers se sont multipliés et renforcés au cours des années » (1). Car tout libéraliser, on vient de le vérifier, amène les pires désordres. Inversement, parmi les multiples vérités qui ne sont pas abordées se trouve le fondement réel de l’actuelle crise : l’organisation du commerce mondial, qu’il faut réformer profondément, et prioritairement à l’autre grande réforme également indispensable que sera celle du système bancaire.

Les grands dirigeants de la planète montrent une nouvelle fois leur ignorance de l’économie qui les conduit à confondre deux sortes de protectionnismes : il en existe certains de néfastes, tandis que d’autres sont entièrement justifiés. Dans la première catégorie se trouve le protectionnisme entre pays à salaires comparables, qui n’est pas souhaitable en général. Par contre, le protectionnisme entre pays de niveaux de vie très différents est non seulement justifié, mais absolument nécessaire. C’est en particulier le cas à propos de la Chine, avec laquelle il est fou d’avoir supprimé les protections douanières aux frontières. Mais c’est aussi vrai avec des pays plus proches, y compris au sein même de l’Europe. Il suffit au lecteur de s’interroger sur la manière éventuelle de lutter contre des coûts de fabrication cinq ou dix fois moindres – si ce n’est des écarts plus importants encore – pour constater que la concurrence n’est pas viable dans la grande majorité des cas. Particulièrement face à des concurrents indiens ou surtout chinois qui, outre leur très faible prix de main-d’œuvre, sont extrêmement compétents et entreprenants.

 

Il faut délocaliser Pascal Lamy !

Mon analyse étant que le chômage actuel est dû à cette libéralisation totale du commerce, la voie prise par le G20 m’apparaît par conséquent nuisible. Elle va se révéler un facteur d’aggravation de la situation sociale. À ce titre, elle constitue une sottise majeure, à partir d’un contresens incroyable. Tout comme le fait d’attribuer la crise de 1929 à des causes protectionnistes constitue un contresens historique. Sa véritable origine se trouvait déjà dans le développement inconsidéré du crédit durant les années qui l’ont précédée. Au contraire, les mesures protectionnistes qui ont été prises, mais après l’arrivée de la crise, ont certainement pu contribuer à mieux la contrôler. Comme je l’ai précédemment indiqué, nous faisons face à une ignorance criminelle. Que le directeur général de l’Organisation mondiale du commerce, Pascal Lamy, ait déclaré : « Aujourd’hui, les leaders du G20 ont clairement indiqué ce qu’ils attendent du cycle de Doha : une conclusion en 2010 » et qu’il ait demandé une accélération de ce processus de libéralisation m’apparaît une méprise monumentale, je la qualifierais même de monstrueuse. Les échanges, contrairement à ce que pense Pascal Lamy, ne doivent pas être considérés comme un objectif en soi, ils ne sont qu’un moyen. Cet homme, qui était en poste à Bruxelles auparavant, commissaire européen au Commerce, ne comprend rien, rien, hélas ! Face à de tels entêtements suicidaires, ma proposition est la suivante : il faut de toute urgence délocaliser Pascal Lamy, un des facteurs majeurs de chômage !

Plus concrètement, les règles à dégager sont d’une simplicité folle : du chômage résultent des délocalisations elles-mêmes dues aux trop grandes différences de salaires… À partir de ce constat, ce qu’il faut entreprendre en devient tellement évident ! Il est indispensable de rétablir une légitime protection. Depuis plus de dix ans, j’ai proposé de recréer des ensembles régionaux plus homogènes, unissant plusieurs pays lorsque ceux-ci présentent de mêmes conditions de revenus, et de mêmes conditions sociales. Chacune de ces « organisations régionales » serait autorisée à se protéger de manière raisonnable contre les écarts de coûts de production assurant des avantages indus a certains pays concurrents, tout en maintenant simultanément en interne, au sein de sa zone, les conditions d’une saine et réelle concurrence entre ses membres associés.

 

Un protectionnisme raisonné et raisonnable

Ma position et le système que je préconise ne constitueraient pas une atteinte aux pays en développement. Actuellement, les grandes entreprises les utilisent pour leurs bas coûts, mais elles partiraient si les salaires y augmentaient trop. Ces pays ont intérêt à adopter mon principe et à s’unir à leurs voisins dotés de niveaux de vie semblables, pour développer à leur tour ensemble un marché interne suffisamment vaste pour soutenir leur production, mais suffisamment équilibré aussi pour que la concurrence interne ne repose pas uniquement sur le maintien de salaires bas. Cela pourrait concerner par exemple plusieurs pays de l’est de l’Union européenne, qui ont été intégrés sans réflexion ni délais préalables suffisants, mais aussi ceux d’Afrique ou d’Amérique latine.

L’absence d’une telle protection apportera la destruction de toute l’activité de chaque pays ayant des revenus plus élevés, c’est-à-dire de toutes les industries de l’Europe de l’Ouest et celles des pays développés. Car il est évident qu’avec le point de vue doctrinaire du G20, toute l’industrie française finira par partir à l’extérieur. Il m’apparaît scandaleux que des entreprises ferment des sites rentables en France ou licencient, tandis qu’elles en ouvrent dans les zones à moindres coûts, comme cela a été le cas dans le secteur des pneumatiques pour automobiles, avec les annonces faites depuis le printemps par Continental et par Michelin. Si aucune limite n’est posée, ce qui va arriver peut d’ores et déjà être annoncé aux Français : une augmentation de la destruction d’emplois, une croissance dramatique du chômage non seulement dans l’industrie, mais tout autant dans l’agriculture et les services.

De ce point de vue, il est vrai que je ne fais pas partie des économistes qui emploient le mot « bulle ». Qu’il y ait des mouvements qui se généralisent, j’en suis d’accord, mais ce terme de « bulle » me semble inapproprié pour décrire le chômage qui résulte des délocalisations. En effet, sa progression revêt un caractère permanent et régulier, depuis maintenant plus de trente ans. L’essentiel du chômage que nous subissons —tout au moins du chômage tel qu’il s’est présenté jusqu’en 2008 — résulte précisément de cette libération inconsidérée du commerce à l’échelle mondiale sans se préoccuper des niveaux de vie. Ce qui se produit est donc autre chose qu’une bulle, mais un phénomène de fond, tout comme l’est la libéralisation des échanges, et la position de Pascal Lamy constitue bien une position sur le fond.

 

Crise et mondialisation sont liées

Les grands dirigeants mondiaux préfèrent, quant à eux, tout ramener à la monnaie, or elle ne représente qu’une partie des causes du problème. Crise et mondialisation : les deux sont liées. Régler seulement le problème monétaire ne suffirait pas, ne réglerait pas le point essentiel qu’est la libéralisation nocive des échanges internationaux, Le gouvernement attribue les conséquences sociales des délocalisations à des causes monétaires, c’est une erreur folle.

Pour ma part, j’ai combattu les délocalisations dans mes dernières publications (2). On connaît donc un peu mon message. Alors que les fondateurs du marché commun européen à six avaient prévu des délais de plusieurs années avant de libéraliser les échanges avec les nouveaux membres accueillis en 1986, nous avons ensuite, ouvert l’Europe sans aucune précaution et sans laisser de protection extérieure face à la concurrence de pays dotés de coûts salariaux si faibles que s’en défendre devenait illusoire. Certains de nos dirigeants, après cela, viennent s’étonner des conséquences !

Si le lecteur voulait bien reprendre mes analyses du chômage, telles que je les ai publiées dans les deux dernières décennies, il constaterait que les événements que nous vivons y ont été non seulement annoncés mais décrits en détail. Pourtant, ils n’ont bénéficié que d’un écho de plus en plus limité dans la grande presse. Ce silence conduit à s’interroger.

 

Un prix Nobel… téléspectateur

Les commentateurs économiques que je vois s’exprimer régulièrement à la télévision pour analyser les causes de l’actuelle crise sont fréquemment les mêmes qui y venaient auparavant pour analyser la bonne conjoncture avec une parfaite sérénité. Ils n’avaient pas annoncé l’arrivée de la crise, et ils ne proposent pour la plupart d’entre eux rien de sérieux pour en sortir. Mais on les invite encore. Pour ma part, je n’étais pas convié sur les plateaux de télévision quand j’annonçais, et j’écrivais, il y a plus de dix ans, qu’une crise majeure accompagnée d’un chômage incontrôlé allait bientôt se produire, je fais partie de ceux qui n’ont pas été admis à expliquer aux Français ce que sont les origines réelles de la crise alors qu’ils ont été dépossédés de tout pouvoir réel sur leur propre monnaie, au profit des banquiers. Par le passé, j’ai fait transmettre à certaines émissions économiques auxquelles j’assistais en téléspectateur le message que j’étais disposé à venir parler de ce que sont progressivement devenues les banques actuelles, le rôle véritablement dangereux des traders, et pourquoi certaines vérités ne sont pas dites à leur sujet. Aucune réponse, même négative, n’est venue d’aucune chaîne de télévision et ce durant des années.

Cette attitude répétée soulève un problème concernant les grands médias en France : certains experts y sont autorisés et d’autres, interdits. Bien que je sois un expert internationalement reconnu sur les crises économiques, notamment celles de 1929 ou de 1987, ma situation présente peut donc se résumer de la manière suivante : je suis un téléspectateur. Un prix Nobel… téléspectateur. Je me retrouve face à ce qu’affirment les spécialistes régulièrement invités, quant à eux, sur les plateaux de télévision, tels que certains universitaires ou des analystes financiers qui garantissent bien comprendre ce qui se passe et savoir ce qu’il faut faire. Alors qu’en réalité ils ne comprennent rien. Leur situation rejoint celle que j’avais constatée lorsque je m’étais rendu en 1933 aux États-Unis, avec l’objectif d’étudier la crise qui y sévissait, son chômage et ses sans-abri : il y régnait une incompréhension intellectuelle totale. Aujourd’hui également, ces experts se trompent dans leurs explications. Certains se trompent doublement en ignorant leur ignorance, mais d’autres, qui la connaissent et pourtant la dissimulent, trompent ainsi les Français.

Cette ignorance et surtout la volonté de la cacher grâce à certains médias dénotent un pourrissement du débat et de l’intelligence, par le fait d’intérêts particuliers souvent liés à l’argent. Des intérêts qui souhaitent que l’ordre économique actuel, qui fonctionne à leur avantage, perdure tel qu’il est. Parmi eux se trouvent en particulier les multinationales qui sont les principales bénéficiaires, avec les milieux boursiers et bancaires, d’un mécanisme économique qui les enrichit, tandis qu’il appauvrit la majorité de la population française mais aussi mondiale.

 

Question clé : quelle est la liberté véritable des grands médias ? Je parle de leur liberté par rapport au monde de la finance tout autant qu’aux sphères de la politique.

 

Deuxième question : qui détient de la sorte le pouvoir de décider qu’un expert est ou non autorisé à exprimer un libre commentaire dans la presse ?

 

Dernière question : pourquoi les causes de la crise telles qu’elles sont présentées aux Français par ces personnalités invitées sont-elles souvent le signe d’une profonde incompréhension de la réalité économique ? S’agit-il seulement de leur part d’ignorance ? C’est possible pour un certain nombre d’entre eux, mais pas pour tous. Ceux qui détiennent ce pouvoir de décision nous laissent le choix entre écouter des ignorants ou des trompeurs. »

 

Maurice Allais.

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Lettre à un SDF (Guéorgui Gospodinov) – Article du Courrier International p. 50, n° 1054

Posté par lespritailleur le 18 janvier 2011

« Cher…

je laisse ces points de suspension parceque je ne connais pas ton nom, ni ton adresse postale – tu n’en as pas d’ailleurs. Que va-t-il se passer si j’adresse ce pli au « sans-domicile-fixe du square derrière l’église russe de Sofia, troisième banc à gauche »?
 Est-ce qu’un postier fera l’effort d’y déposer ma lettre ? J’en doute. C’est pour cela que je la publie ici, dans l’espoir secret que par des voies impénétrables elle arrive un jour jusqu’à toi.Car, où que tu sois, cher sans-domicile-fixe, cette lettre est pour toi. Toi qui traînes dans les squares et les passages souterrains de Sofia; toi qui grelottes en ce moment devant la gare de Friedrichstrasse à Berlin – je ne t’ai pas oublié. Toi, cher SDF, croisé sur cette petite place à Rome, près du Colisée, la Piazza della Madonna dei Monti. Toi et tout ton groupe bruyant – je vous ai rencontrés un matin sur le terre-plein du boulevard Richard-Lenoir à Paris.Vous veniez de ranger vos matelas et vous buviez à même la bouteille votre première gorgée de vin de la journée tout en jouant à la pétanque. (…).Lorsque cette lettre vous parviendra, Noël sera sûrement déjà. Mais pas l’hiver.

Voilà j’écris cette lettre de Bulgari, où j’ai une maison; un boulot aussi, d’une certaine façon. J’ai commencé à m’émouvoir du sort des SDF il y a une dizaine d’années. Chaque fois que je les vois, je me fige dans la rue. L’un d’eux est devenu le héros d’un de mes romans: c’est le SDF qui passe ses journées sur une chaise à bascule. Je lui ai donné mon nom.

Chaque fois que nous célébrons la tombée de la première neige (…), je pense aux SDF. (…). Je marche maintenant lentement le long de la rue Graf Ignatieff (…) à travers tout ce kitsch commercial, entouré de Pères Noël mécaniques qui gigotent. La rue est bondée de personnes qui font leurs courses. Je trouve que l’Homo shopping est une espèce biologique à part, une sorte de régression temporaire dans la nature humaine. »

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Nkosi Sikelel’i Afrika

Posté par lespritailleur le 8 janvier 2011

« Je dis que nous aurons toujours une criminalité indigène, tant que les indigènes de ce pays n’auront aucun but digne de leur travail. Car c’est parce qu’ils ne voient devant eux ni but, ni récompense qu’ils s’abandonnent à l’alcoolisme, au crime et à la prostitution. Que préférons nous, une communauté indigène respectueuse des lois, diligente et ambitieuse, ou bien hors la loi, paresseuse et sans ambition ? La vérité est que nous ne savons pas, car nous redoutons également les deux choses. Et aussi longtemps nous hésiterons, aussi longtemps nous paierons chèrement le plaisir douteux de ne n’avoir pas à prendre de décision. Mais la solution ne trouvera pas, sauf à titre tout à fait provisoire, dans un renforcement de la plocie pour nous protéger. »

(…)

 » Ils disent qu’une main-d’oeuvre pauvrement payée fait une nation pauvre et qu’une main-d’oeuvre plus prospère ouvre de plus larges marchés et un plus vaste champ d’activité à l’industrie. Et d’autres disent que c’est un danger, car la main-d’oeuvre mieux payée ne se contentera pas d’acheter davantage, mais aussi lira davantage, réfléchira davantage, exigera davantage, et n’acceptera pas indéfiniment de se taire et de se voir maintenue dans une situation inférieure.

 

Alain Paton, Pleure ô pays bien aimé, Le Livre de Poche.

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« Libérons nous de l’hyper consommation » (Amitaï Etzioni, extraits du Courier International, Hors série de Octobre, Novembre , Décembre 2009)

Posté par lespritailleur le 20 octobre 2009

« (…)La crise doit nous amener à nous interroger: quand les économies anglaise et américaine auront redémarré, reprendrons nous nos vielles habitudes ou devrons-nous plutôt envisager un autre mode de vie(…)? (…) A quoi allons nous consacrer notre énergie à l’avenir? Pour quoi travaillerons nous, et que ferons nous de notre temps libre?(…)Que faut-il changer aujourd’hui?

Selon moi, il faut éradiquer ou, à tout le moins, largement tempérer cette obsession de l’achat qui est devenue le principe organisateur de la vie occidentale. L’hyperconsommation ne se confond ni avec le capitalisme, ni avec la consommation. Pour bien comprendre pourquoi, on peut se référer à la fameuse hiérarchie des besoins humains définie par le psychologue américain Abraham Maslow (1908-1970).
Tout en bas de la pyramide se trouvent les besoins physiologiques (l’eau, la nourriture) et, au dessus, la sécurité et la protection. Une fois ces besoins satisfaits, l’être humain tire satisfaction des sentiments de reconnaissance et d’affection (amitiés, etc.), d’estime de soi (réussite, respect par autrui) et enfin d’accomplissement (créativité, sens moral). Tant que la consommation est destinée à satisfaire les besoins les plus basiques, elle est parfaitement distincte de l’hyperconsommation. Mais, lorsque l’acquisition de biens et de services se subtitue à l’objet spirituel, transcendent, des besoins supérieurs, la consommation devient hyperconsommation (…) {qui} se transforme en maladie sociale.

Le lien avec la crise économique actuelle est évident. Dans une culture où l’envie impérieuse de consommer domine la psychologie des citoyens,les gens sont prêts à tout pour se donner les moyens d’acheter: trimer comme des esclaves, faire preuve de rapacité au travail et même enfreindre les règles pour maximiser leurs gains.
(…) L’économie capitaliste doit permettre de trouver un nouvel équilibre entre la consommation et d’autres formes d’accomplissement.

(…) Plusieurs études ont révélé que, dans le pays où le revenu annuel moyen par habitant est supérieur à 20 000$, il n’y a aucune corrélation entre l’augmentation des revenus et le bien-être des populations.
Ces travaux indiquent en outre qu’une grande partie des habitants des pays capitalistes se sentent insatisfaits, quel que soit leur pouvoir d’achat, parce que des personnes gagnent et dépensent encore plus qu’eux. Ce n’est pas la privation objective qui compte, mais le sentiment relatif de privation.

Il faut voir {dans la crise économique} l’occasion rêvée d’aider les gens à comprendre qu’une consommation réduite ne reflète pas un échec personnel. (…) Nous avons besoin d’une culture qui célèbre l’épanouissement de l’être autrement qu’à travers les achats. A cet égard, les expériences transcendantales et communautariennes
Le communautarianisme consiste à investir du temps et de l’énergie dans ses relations avec les autres (…). Il implique également une contribution au bien commun (…).
Les quêtes transcendantales se réfèrent à des activités spirituelles et non fonctionnelles, notamment religieuses, contemplatives, artistiques et même sportives.
constituent des solutions évidentes.

(…) Ceux qui embrasseront un mode de vie plus simple, réaliseront vite qu’ils peuvent se sentir parfaitement satisfaits même s’ils renoncent à une grande part de leur richesse excédentaire.
La crise économique doit effectivement conduire à une transformation culturelle via un processus que j’appelle mégalogue moral: un dialogue de masse sur ce qui est juste ou erroné. Dans un mégalogue, des millions de de membres d’une société échagent leur point de vue (…) et produit au fil du temps des changements dans les comportements et dans la culture (…) ».

 

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Petit rappel…(définition de l’allégorie de la caverne-Platon)

Posté par lespritailleur le 28 février 2009

Le mythe de la caverne met en scène des hommes attachés entre eux, au niveau du cou et des jambes, par des chaînes. De la sorte, ils ne peuvent ni bouger de place ni voir ailleurs que devant eux. Loin derrière eux et en hauteur, brûle un feu. Entre ce feu et les prisonniers, se trouve un petit mur qui longe une route. Derrière le muret se trouve des figures d’hommes et de nombreux objets de toute formes imaginables. Certains parlent, d’autres restent muets. (voir le dessin ci-dessous).
Petit rappel...(définition de l'allégorie de la caverne-Platon) dans Lu dans la presse 300px-Caverne.svg

Allégorie de La caverne, Wikipédia

Ainsi, les esclaves de la caverne voient uniquement les ombres projetées par le feu sur la partie de la caverne qui leur fait face. De plus, les sons qu’ils croient entendre, ne sont que les échos du dehors qui sont renvoyées par le fond de la prison. Ainsi ils prennent pour objets réels ce qui n’est en fait qu’une ombre, ou qu’un écho  du dehors.

Maintenant, imaginez qu’une circonstance fait qu’un des prionniers se libère, qu’il se retourne et qu’il voit la vérité, la vie réelle de ses propres yeux.
Platon explique que cet individu souffrirait au début: il doit apprendre à se lever, à marcher, à regarder la lumière. Il serait ébloui et ne pourrait regarder les objets réels dont il voyait auparavant que les ombres.
Ensuite on explique à cet individu que maintenant il est plus près de la réalité. Dorénavant, il voit plus juste et tout ce qu’il voyait avant n’était que des « riens sans consistance ». Bien entendu, il sera embarrassé de cette révélation et les objets qu’il voyait dans la caverne lui paraîtront plus véritables que ceux qu’on lui montre à présent. Il sera plus aisé pour lui de se dérober et de retourner aux objets qu’il peut regarder sans souffrance.
L’étape suivante est de forcer l’individu à gravir une montée rude et escarpée pour aller au dehors, pour voir la lumière du jour. On comprend qu’il va souffrir et se révoltera d’avoir ainsi été traîné. Il sera surtout ébloui par la lumière du soleil. Afin de contempler ce monde supérieur (le monde du dehors), les objets et êtres vivant véritables, l’ancien prisonnier va regarder d’abord les ombres, puis les reflets dans l’eau de toutes les différents formes de vie, puis les objets eux-même. Élevant sont regard, il pourra contempler les astres, la lune, les constellations. Une fois habitué à la lumière, il pourra finalement tourner son regard vers le soleil pour comprendre que c’est lui qui détermine les saisons et les années…
Ayant acquis un niveau de savoir supérieur et ayant regardé la réalité en face, il décide de retourner à sa première demeure, pour prévenir ses anciens compagnons de captivité, vivants dans le mensonge et l’ignorance. Il est sûr qu’il ne voudrait pas revivre son ancienne vie de captif et ses illusions.
Voulant transmettre ses nouvelles connaissances pour libérer les prisonniers de la caverne, notre individu va subir des moqueries, des menaces de mort, la mort peut être.
Si jamais quelques prisonniers décident tout de même de tenter cette ascension, Platon espère pour eux qu’ils ne redescenderont pas trop vite pour reprendre leurs anciennes places de prisonniers…

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Aide alimentaire : 8 % de bénéficiaires de plus en deux ans en France-Article du Monde

Posté par lespritailleur le 18 septembre 2008

Le nombre de personnes bénéficiant d’une aide alimentaire en France a augmenté de 8 % en deux ans, selon le baromètre 2008 des

Banques alimentaires rendu public jeudi 18 septembre. En 2006, les associations partenaires recevaient en moyenne 138 personnes différentes par mois ; aujourd’hui, ce chiffre est de 149. 

Près d’un tiers sont des travailleurs pauvres ou des retraités et touchent donc un revenu, note cette étude réalisée par l’institut CSA. Parmi elles, on compte 15 % de salariés et 14 % de retraités. Et 18 % sont au chômage, conservant donc un lien avec le monde du travail. 

Parmi ceux qui ont un emploi, 34 % seulement ont un CDI. La précarité de l’emploi est plutôt la règle, surtout chez les femmes, quatre fois plus nombreuses que les hommes à travailler à temps partiel. La grande majorité des bénéficiaires ayant un emploi sont des employés (34 %) ou des ouvriers (24 %). Beaucoup ont des diplômes, 10 % ayant même fait des études supérieures, et 34 % ont un CAP ou un BEP. Ils sont rarement isolés, puisque la majorité sont mariés ou concubins, et 74 % ont des enfants à nourrir. 

143 MILLIONS DE REPAS 

Pour eux, le poste de dépense le plus important est le loyer (36 %), cité juste devant les factures (35 %), l’alimentation (25 %), le remboursement des prêts (18 %) et l’habillement (6 %). Les personnes accueillies restent optimistes, selon le baromètre. 45 % pensent que leur situation va s’améliorer dans les deux ans, les plus optimistes (59 %) étant les personnes ayant un emploi. 

En 2007, les Banques alimentaires ont distribué l’équivalent de 143 millions de repas à 4 890 associations et organismes sociaux partenaires. Elles-mêmes se fournissent, gratuitement, auprès de l’industrie agroalimentaire, la grande distribution, l’Union européenne, et reçoivent les dons du grand public. La prochaine collecte nationale aura lieu les 28 et 29 novembre. 

 

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Un exemple d’action pour limiter le gaspillage des grandes surfaces

Posté par lespritailleur le 16 septembre 2008

DES FILIÈRES COURTES CONTRE LES GASPILLAGES DE NOURRITURE
La grande distribution génère une grande quantité de nourriture jetée alors qu’encore consommable. Pour limiter ce gaspillage, une loi italienne, dite «du bon Samaritain», autorise depuis 2003 la distribution de produits alimentaires invendus à des fins de solidarité, en accordant des avantages fi scaux aux entreprises qui font des dons alimentaires aux associations à but non lucratif. LMM (Last Minute Market) se donne pour mission de mettre en relation les entreprises de la grande distribution qui doivent gérer les invendus alimentaires avec les administrations publiques et associations locales. C’est aussi un moyen de créer des fi lières de valorisation des produits invendus. Outre l’alimentaire, LMM s’occupe de la collecte et de la redistribution des médicaments en libre service auprès des pharmacies et des livres destinés à être pilonnés.

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Les banques alimentaires – Définition Wikipédia

Posté par lespritailleur le 16 septembre 2008

Les premières banques alimentaires se sont constituées aux États-Unis à la fin des années 1960. La première food bank ouvre à Phoenix (Arizona) en 1967. C’est à John van Hengel, bénévole dans une soupe populaire, que l’on doit la création de cette banque alimentaire. Apprenant que des commerces jetaient de la nourriture consommable à raison d’une péremption proche ou d’emballages endommagés, il persuada les commerçants de faire don de ces aliments à des fins humanitaires. Van Hengel parvint à collecter tellement de dons d’aliments que l’association dans laquelle il œuvrait ne pouvait plus gérer toutes ces marchandises. Il décida alors de créer un entrepôt central pour stocker ces denrées et auprès duquel les autres associations humanitaires de Phoenix pourraient venir s’approvisionner gratuitement. Cette toute première banque alimentaire est toujours connue sous le nom de « St. Mary’s Food Bank ». 

« Les Banques alimentaires collectent, gèrent et partagent des denrées alimentaires pour aider l’homme à se restaurer. Leur action se fonde sur la gratuité, le don, le partage, le bénévolat et le mécénat », telle est la définition donnée dans la charte de
la Fédération française des banques alimentaires.

En Amérique du Nord, en Europe, et plus largement dans tous les pays industrialisés, de telles associations sans but lucratif ont ainsi pour objectif la collecte d’aliments, de préférence non périssables, et leur mise à disposition gratuite ou quasi-gratuite aux plus démunis – essentiellement par le biais d’autres associations intermédiaires dans le cadre d’accords de partenariat. La finalité est en fin de compte de répondre à l’urgence sociale par l’aide alimentaire et de lutter contre le gaspillage des produits alimentaires pour nourrir ceux qui ont faim.

           -Les banques alimentaires interviennent sur le terrain de la malnutrition dans les pays riches. Comment se fait-il que la question de l’accès à la nourriture se pose-t-elle encore dans des sociétés d’abondance matérielle ?

Selon le Secours populaire français, 2 600 000 personnes en France vivent de l’aide alimentaire distribuée par les grandes associations humanitaires (Secours populaire français, Banque alimentaire, Restos du cœur, Croix-Rouge française). Parmi ces personnes, on compte personnes âgées, travailleurs pauvres, sans-abri, handicapés, femmes seules avec enfants (souvent en bas âge), et aussi de plus en plus souvent des jeunes. En 2005, les banques alimentaires américaines ont permis de fournir une aide alimentaire à plus de 25 millions de personnes défavorisées (parmi lesquelles 9 millions d’enfants et 3 millions de personnes âgées). Selon Second Harvest, plus de 38 millions d’Américains connaissent une précarité alimentaire, ont faim ou risquent d’avoir faim.

Paradoxe des sociétés industrialisées, leur richesse croît globalement, elles produisent des biens en abondance, tandis que certains de leurs membres ont toutes les peines du monde à satisfaire un besoin pourtant de base, à savoir se nourrir convenablement. Comment expliquer cette situation paradoxale, absurde et injuste dans laquelle faim et gaspillage coexistent ?

-Creusement des inégalités, développement de la misère et des situations de pauvreté extrême. Il est avéré que la malnutrition est une des premières causes de dégradation physique et d’exclusion professionnelle. Manque de ressources, chômage, précarité et exclusion sont à l’origine de la malnutrition et de l’insuffisance alimentaire ; mais l’inverse est tout aussi vrai.

-L’exode rural et la concentration de la misère en milieu urbain rendent difficile tout repli sur des activités agricoles, et des moyens de subsistance traditionnels (jardins potagers).

-Les mécanismes de l’économie de marché aboutissent à des absurdités économiques et humanitaires. Des denrées sont gaspillées alors qu’elles pourraient être employées utilement. Les excédents agricoles, la surproduction des industries agroalimentaires, par crainte d’une chute des cours, aboutissent à retirer à la vente un nombre important de produits alimentaires pourtant tout à fait consommables. Des denrées disponibles sont donc interdites de fait à la consommation, dans la mesure où l’économie de marché ne dispense (par définition) les productions qu’aux consommateurs solvables.

Par quels canaux les banques alimentaires parviennent-elles à se fournir en denrées alimentaires consommables et de qualité, l’idée de base étant pour ce faire de contourner les mécanismes classiques de distribution marchande ? Les apports proviennent en très grande majorité de dons (gratuits, donc) et plus rarement d’achats à des prix inférieurs à ceux du marché (moins de 10% du tonnage en denrées provient d’achats en ce qui concerne le réseau américain Second Harvest). Les donateurs sont : 

-Le grand public : chaque année en novembre une collecte nationale de denrées non périssables est organisée auprès du public dans les magasins de grande distribution. Les bénévoles des Banques Alimentaires distribuent à l’entrée du magasin des imprimés expliquant quels produits doivent être achetés en priorité. Les clients remettent ensuite à la sortie les denrées ainsi achetées, qui seront ensuite stockées. Les produits demandés sont principalement : féculents (pâtes, riz), café, huile, thon, sardines, pâté en conserve mais aussi des aliments pour nourrissons (petits pots), 

-Les industries agro-alimentaires :
la FFBA a engagé des partenariats avec Bonduelle, Danone, Kraft, Lindt, Nestlé. Aux États-Unis, une réforme fiscale de 1976 favorise la donation par les entreprises de leurs produits aux banques alimentaires. Depuis, le fonctionnement et l’idée même des banques alimentaires sont bien acceptés par les industriels. 

-La grande distribution : des accords semblables ont été signés afin de collecter dans les grandes et moyennes surfaces des produits non périssables souvent invendables (non commercialisables car peu présentables par exemple). Cela s’inscrit dans le cadre d’une politique plus générale de lutte contre le gaspillage. 

-Les pouvoirs publics, principalement par l’ouverture de stocks agricoles. Le gouvernement américain fournit gratuitement ou pour un prix dérisoire des surplus agricoles aux banques alimentaires.
La Communauté économique européenne a ouvert, en 1987 suite à la demande de Coluche, les surplus de la Politique agricole commune aux associations fournissant l’aide alimentaire (les surplus coûtaient en effet plus cher à stocker qu’à distribuer gratuitement aux pauvres !). En France, ces surplus vont, outre à la Banque alimentaire, aux Restos du Cœur, à la Croix-Rouge et au Secours populaire. Les banques alimentaires contribuent ainsi utilement à la résorption des excédents de production agricole en en faisant bénéficier les plus démunis (principales denrées visées : lait, fruits, légumes, céréales). 

Les vivres collectés sont ensuite stockés dans des entrepôts de transit où ils sont conservés dans des bonnes conditions sanitaires. Le matériel de stockage, le système de gestion informatique, les élévateurs, les transpalettes, véhicules et fourgonnettes nécessaires à ces activités de stockage font aussi l’objet de dons de la part d’associations telles que le Lions Clubs ou le Rotary ClubLes banques alimentaires ne distribuent en principe pas directement les denrées aux populations démunies. Des associations locales au contact de la population s’en chargent. Cet approvisionnement des organismes humanitaires et caritatifs de terrain s’effectue dans le cadre de conventions. Toute l’année, les banques alimentaires approvisionnent gratuitement les associations humanitaires, les organismes sociaux adhérents ainsi que les centres d’entraide ou d’accueil agissant au niveau local. Ces lieux d’accueil et associations emploient ensuite ces denrées selon des modalités diverses : 

-Aux fins de préparer des repas chauds pour les sans-abri, ou bien des repas d’échange où bénévoles et bénéficiaires sont conviés (à Noël par exemple). 

-Préparation de colis de denrées pour les personnes ne pouvant se déplacer (personnes âgées). 

-Les denrées peuvent également servir à des associations de quartier en vue d’approvisionner des épiceries alimentaires (aussi appelées  » épiceries sociales « ), exclusivement ouvertes aux personnes dans le besoin

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Le temps de l’économie durable- Article du Monde, par C. Lepage

Posté par lespritailleur le 8 septembre 2008

En matière économique, la méthode Coué n’a guère d’efficacité. La récession à laquelle nous devons faire face devrait être l’occasion de mettre en place une révolution économique comparable à celle qu’a pu être, au moment de la crise de 1929, le New Deal. Certes, on pourrait objecter que ce n’est pas dans les périodes de récession que l’on peut changer les orientations, puisqu’il faut au contraire tout faire pour relancer la croissance, et par voie de conséquence privilégier les secteurs industriels traditionnels qui sont les plus conséquents en termes d’emplois.

Mais c’est précisément parce que nous sommes dans une récession dont l’origine est due aux comportements « anti-durables » des acteurs économiques (« anti-durable » étant compris comme l’antithèse de ce qu’une démarche globale et intégrant le long terme aurait induit) que le moment est venu de faire notre révolution.

Révolution énergétique d’abord, en tournant délibérément le dos à la société du pétrole. Cela implique d’employer toute notre capacité à continuer de réduire notre utilisation pétrolière, même si le prix du baril baisse. Rappelons que les ressources des sociétés et des Etats pétroliers n’ont jamais été aussi élevées, ce qui permet à ces derniers et à leurs fonds souverains de racheter à bas prix des pans entiers de l’économie occidentale.

Les comportements des consommateurs ont commencé à changer. J’ose espérer que les arbitrages budgétaires pour 2009 continueront à les encourager dans cette voie, non seulement par le système du bonus-malus (puisque le bonus a un effet incitatif en termes d’achat, ce qui n’est pas négligeable en période de récession économique), mais également par la généralisation des plans de déplacements, par la systématisation du covoiturage, par une véritable impulsion donnée aux transports collectifs et aux déplacements doux. Toutes les conséquences doivent en être tirées, notamment l’abandon de toute nouvelle voirie autoroutière, pour transférer les crédits correspondants sur le transport collectif.

Il faut également un changement complet de politique en termes d’aménagement du territoire pour rapprocher le domicile du travail, et favoriser les politiques de relocalisation que l’augmentation massive du coût de transport va enfin permettre. Le rapprochement des lieux de production des bassins de consommation va être rendu possible par un transport qui paiera la réalité de son coût et de son énergie. La réduction de notre dépendance énergétique passe bien sûr par une réduction massive de notre consommation énergétique indépendamment du transport. C’est l’occasion d’orienter les dépenses réduites des ménages et des entreprises non pas vers la consommation courante et inutile, mais vers des investissements générateurs d’économies pour les ménages et la collectivité.

C’est une véritable reconversion industrielle qui apparaît nécessaire pour rendre possible un développement durable individuel et collectif. Cela veut dire aussi sortir de cette contradiction totale entre la publicité (au sens traditionnel ou au sens politique du terme) en faveur du « toujours plus » et la conscience de plus en plus répandue de l’impossibilité du « toujours plus ». Le développement doit être sobre, c’est-à-dire offrir moins de produits et davantage de services.

Révolution alimentaire, également, en tournant le dos aux politiques suicidaires poursuivies dans les pays du Nord et du Sud. Celles-ci conduisent à une crise alimentaire dans les pays du Sud que les bonnes récoltes de 2008 ne suffiront pas à résoudre, à un renchérissement massif de l’alimentation dans les pays du Nord qui ne profite guère à l’immense majorité des agriculteurs et qui a conduit à une pollution pour des décennies des sols, des sous-sols et des eaux, notamment en France.

Même des organismes favorables à l’agriculture intensive, comme l’Institut national de la recherche agronomique, reconnaissent que le moment est venu de changer de politique : relancer l’agriculture vivrière dans les pays du Sud, abandonner des cultures déraisonnables compte tenu de leurs besoins en eau dans les pays secs, généraliser le système des Associations pour le maintien d’une agriculture paysanne afin d’ améliorer la qualité de vie des producteurs comme celle des consommateurs, utiliser la science, développer massivement les techniques de l’agriculture biologique et intégrée, réduire dans les villes du Nord la part carnée de l’alimentation au bénéfice des calories végétales.

Le renchérissement du coût de la vie et une meilleure information en termes de santé permettent aux consommateurs des pays riches de changer leur comportement. La crise alimentaire mondiale rend obligatoire pour les pays du Sud un changement de stratégie auquel tous les responsables des choix tragiques d’hier les invitent !

Révolution financière enfin, en sortant de la tragédie de l’immédiateté et de la cupidité qui veulent ignorer les conséquences à long terme, ignorance rendue d’autant plus facile que les conséquences en termes individuels apparaissent en règle générale inexistantes. Il est plus que temps que la pierre angulaire du libéralisme, c’est-à-dire la responsabilité, reprenne ses lettres de noblesse. Cela signifie que tout acteur économique ne serait plus assuré comme aujourd’hui de son impunité, voire de ses « parachutes dorés » en cas d’échec. Il serait au contraire assuré de sa responsabilité personnelle, ce qui impliquerait la prise en compte du long terme. De même, il est plus que temps de sortir d’un hyper-capitalisme financier qui tue l’économie réelle et se moque comme d’une guigne du long terme. C’est précisément en réintroduisant l’avenir dans les mécanismes financiers et dans les contrôles, qu’il s’agisse des règles prudentielles ou des limitations qui vont apparaître comme indispensables dans la liberté dont jouissent les fonds souverains par exemple, qu’une économie durable pourra se mettre en place.

En réalité, ce à quoi la récession nous appelle est une révolution des valeurs. L’effacement de l’avenir dans nos sociétés ? qui se traduit notamment par une hyper-matérialité, une valorisation extrême du court terme, voire de l’immédiat, est la cause de nos maux. Nous n’avons plus le choix d’un changement de paradigme. L’économie durable est le seul remède qui permettra à la planète à la fois de répondre aux limites physiques que rencontre la croissance et à la nécessité de permettre un développement harmonieux et plus solidaire de nos générations.


 Corinne Lepage, ancienne ministre, présidente de CAP21. Vice-présidente du MoDem. 

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